Togo : Des détenus politiques entament une grève de la faim
Treize détenus de la prison civile de Lomé ont entamé une grève alimentaire. Malgré une décision judiciaire favorable rendue en février, ils restent incarcérés depuis plusieurs mois.
Treize Togolais arrêtés lors des manifestations politiques de 2018 sont actuellement en grève de la faim à la prison civile de Lomé. Ils purgent des peines de dix ans de réclusion. Le 18 février dernier, la Cour d’appel de Lomé avait pourtant ordonné leur mise en liberté provisoire sous contrôle judiciaire, dans l’attente de l’examen de leur pourvoi en cassation. Près de trois mois plus tard, cette décision reste sans effet.
Une décision judiciaire toujours inexécutée
Pour leur avocat, Maître Darius Atsoo, cette situation est juridiquement incompréhensible. Il accuse le parquet général d’ignorer délibérément une décision rendue par trois magistrats indépendants. « Le procureur général n’a pas à juger l’ordonnance, mais à l’exécuter », souligne-t-il. La défense estime que la détention est désormais arbitraire et illégale, d’autant qu’il n’existerait plus aucun mandat de dépôt valable. La Commission nationale des droits de l’Homme, saisie du dossier, a contacté le parquet général et le ministère togolais de la Justice. À ce jour, aucune évolution notable n’a été enregistrée. Pourtant, dès 2023, la Cour de justice de la Cédéao avait déjà demandé la libération des intéressés, dénonçant de multiples violations des droits fondamentaux.
Une affaire sensible pour l’État togolais
Les détenus affirment n’avoir plus d’autre moyen de pression que cette grève alimentaire pour obtenir l’application de la justice. Leur avocat y voit un précédent dangereux pour l’État de droit togolais, incompatible avec une société démocratique moderne. Les organisations de défense des droits humains suivent l’affaire de près et exigent le respect des décisions judiciaires nationales. Le ministère togolais de la Justice n’a pas encore réagi officiellement, et les autorités judiciaires restent silencieuses face à cette détention prolongée. L’affaire relance les débats sur les libertés publiques au Togo et alimente les critiques sur le fonctionnement de son système judiciaire.
Aristide HAZOUME
