Soudan : Le chef des FSR condamné à mort

 Soudan : Le chef des FSR condamné à mort

Le dirigeant des Forces de soutien rapide (FSR), Mohamed Hamdan Daglo, a été condamné à mort par contumace dimanche par un tribunal militaire de Port-Soudan. Poursuivi pour crimes de guerre, crimes contre l’humanité et attaques contre des civils au Darfour, il devient le plus haut responsable paramilitaire visé par une telle sentence depuis le début du conflit qui oppose ses troupes à l’armée soudanaise.

Une condamnation historique visant le sommet des FSR

Le tribunal de Port-Soudan a rendu son verdict, dimanche, en l’absence de Mohamed Hamdan Daglo, couramment appelé « Hemedti ». Quinze autres prévenus ont également été reconnus coupables dans le cadre de cette affaire, parmi lesquels Abdelrahim Hamdan Daglo, frère et principal adjoint du chef paramilitaire. Les accusés sont poursuivis pour une série de crimes graves, incluant des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. Le dossier s’articule autour de l’assassinat de Khamis Abbakar, gouverneur du Darfour occidental, tué en juin 2023. Ce dernier avait publiquement accusé les FSR et leurs alliés de perpétrer des attaques contre des civils, avant d’être exécuté quelques heures plus tard.

Selon des experts mandatés par les Nations unies, plusieurs milliers de personnes, en majorité issues de la communauté Massalit, ont péri lors de ces violences au Darfour. Les FSR ont toujours rejeté les accusations de génocide et contesté toute implication dans des crimes de guerre. La cour de Port-Soudan a annoncé le transfert du dossier vers la Cour suprême soudanaise, qui devra examiner la sentence. Par ailleurs, les autorités judiciaires ont indiqué leur intention de solliciter l’arrestation des condamnés via Interpol, ouvrant la voie à une éventuelle dimension internationale.

Un conflit dévastateur et une impasse politique persistante

Cette condamnation intervient au cœur d’une guerre qui ravage le Soudan depuis avril 2023. À la tête des FSR, Mohamed Hamdan Daglo mène une lutte acharnée contre l’armée régulière commandée par le général Abdel Fattah al-Burhan, son ancien allié au sein du Conseil souverain issu du coup d’État de 2021. Le déclenchement des hostilités est né d’un désaccord fondamental sur l’intégration des FSR dans l’armée nationale, une exigence centrale des négociations de transition. Les combats se sont rapidement étendus à plusieurs régions du pays, transformant le Soudan en l’un des théâtres de guerre les plus meurtriers au monde.

Le bilan humain est catastrophique : des dizaines de milliers de morts et plus de 11 millions de déplacés et réfugiés, selon les estimations onusiennes. Les Nations unies qualifient cette crise de l’une des pires catastrophes humanitaires contemporaines, aggravée par une famine menaçante et l’effondrement des services de base. La condamnation de Mohamed Hamdan Daglo, bien que symbolique, ajoute une dimension judiciaire à un conflit déjà marqué par l’absence de perspective politique. Alors que les combats se poursuivent sans répit, cette sentence pourrait accentuer les tensions entre les belligérants et compliquer toute tentative de médiation internationale.

Aristide HAZOUME

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