Sénégal : Sonko menace de faire tomber le gouvernement 

 Sénégal : Sonko menace de faire tomber le gouvernement 

Le président de l’Assemblée nationale sénégalaise hausse le ton contre l’exécutif. Dans une déclaration sans concession à Touba, Ousmane Sonko a accusé Bassirou Diomaye Faye de trahir le projet initial porté par Pastef, allant jusqu’à menacer d’utiliser la majorité parlementaire pour renverser le gouvernement. Cette sortie intervient après plusieurs semaines de tensions institutionnelles entre les deux anciens alliés.

Une rupture consommée entre les deux figures de Pastef

Ousmane Sonko a durci son discours contre le président Bassirou Diomaye Faye, dimanche 12 juillet, à l’occasion de l’inauguration du nouveau siège de son parti à Touba. Devant une foule de militants, l’ancien Premier ministre a dénoncé ce qu’il considère comme un renoncement aux engagements souverainistes du Pastef, notamment en matière de gestion des ressources naturelles, avec une mention particulière pour le dossier du phosphate.

Selon lui, le chef de l’État s’éloigne des priorités nationales défendues avant l’accession au pouvoir et ne prend pas suffisamment en compte les urgences sociales et économiques du pays.

« Nous avons l’Assemblée nationale, donc des leviers pour lui faire face », a lancé Sonko, affirmant être prêt à provoquer la chute du gouvernement « autant de fois que nécessaire ». Fort d’une majorité confortable à l’Assemblée, le président de l’institution dispose désormais d’une capacité de nuisance politique considérable, qu’il n’exclut plus d’actionner.

Une crise institutionnelle au sommet de l’État

Les relations entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se sont dégradées ces dernières semaines, en particulier après l’invalidation par le Conseil constitutionnel d’une réforme constitutionnelle portée par l’Assemblée nationale. Le texte, qui visait un rééquilibrage des pouvoirs entre les institutions, a été rejeté, accentuant les frustrations du camp parlementaire.

Ousmane Sonko reproche en outre au président Faye plusieurs choix économiques et diplomatiques, notamment en matière de gestion de la dette publique et de relations avec les partenaires internationaux. Il affirme défendre les intérêts des Sénégalais face à une orientation qu’il juge trop éloignée des promesses de rupture.

Cette confrontation marque un tournant majeur dans la trajectoire politique sénégalaise. Alliés de la première heure lors de la présidentielle de 2024, les deux hommes incarnent désormais des lignes politiques concurrentes, ouvrant une nouvelle phase d’incertitude institutionnelle. Le bras de fer entre l’exécutif et une Assemblée nationale dominée par l’opposition interne pourrait peser lourdement sur les prochaines décisions stratégiques du pays.

Aristide HAZOUME

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