Soudan du Sud : Quinze ans après, l’indépendance vire au cauchemar
Ce 9 juillet 2026, le Soudan du Sud souffle ses quinze bougies, mais dans l’indifférence quasi générale. Aucune cérémonie officielle à l’horizon. La plus jeune nation du monde, née dans l’euphorie d’un référendum historique, s’enfonce un peu plus chaque jour dans le marasme : conflits armés chroniques, effondrement économique et paralysie politique.
Une indépendance sous le signe des déceptions
Le Soudan du Sud accédait à la souveraineté après un référendum plébiscitaire : près de 99 % des voix pour la séparation d’avec Khartoum, mettant fin à des décennies de guerre civile. À Juba, l’espoir était immense. On rêvait d’un État neuf, démocratique et prospère. Mais quinze ans plus tard, ce rêve s’est mué en désillusion. Le gouvernement ne célèbre plus l’indépendance, invoquant des contraintes budgétaires et des urgences sociales. Pourtant, c’est tout le projet national qui semble en suspens.
L’économie est à terre. Le FMI classe régulièrement le pays parmi les plus pauvres de la planète. Les revenus pétroliers, qui représentaient l’essentiel des ressources, se sont effondrés sous l’effet de la baisse des cours et de la vétusté des infrastructures. L’électricité, l’eau potable, les soins de santé : des millions de Sud-Soudanais en sont privés. Les violences récurrentes aggravent une situation humanitaire déjà catastrophique, avec des centaines de milliers de déplacés internes. « Le pays est paralysé », résume le chercheur Daniel Akech, qui pointe une transition démocratique en panne et une insécurité chronique.
La rivalité Kiir-Machar, un poison qui dure
La clef du blocage reste la rivalité mortelle entre Salva Kiir, le président, et Riek Machar, son ex-vice-président. Ces deux figures du combat indépendantiste incarnent aujourd’hui la fragmentation du pays.
Leur rupture, en 2013, a plongé le Soudan du Sud dans une guerre civile dévastatrice, faisant plus de 400 000 morts et plus de 4 millions de déplacés. Un accord de paix signé en 2018 sous pression internationale avait suscité un fragile espoir, mais ses clauses principales unification des forces armées, organisation d’élections sont restées lettre morte.
En 2025, la tension est remontée d’un cran. De nouveaux affrontements militaires ont éclaté, et Riek Machar a été arrêté puis écarté du pouvoir. L’opposition dénonce une purge politique, le gouvernement évoque des raisons de sécurité. Les élections présidentielles prévues en décembre 2026 semblent plus que jamais hypothétiques. Entre insécurité persistante, défaut de moyens logistiques et absence de dialogue politique inclusif, la communauté internationale elle-même retient son souffle.
Un rêve national à reconstruire
À l’heure de ses quinze ans, le Soudan du Sud n’a pas su transformer l’élan de l’indépendance en un État viable. Il reste prisonnier de ses élites et de leurs querelles fratricides. Tant que la paix ne sera pas véritablement consolidée et que l’économie restera sous perfusion, l’indépendance, pour ses citoyens, restera un vain mot.
Aristide HAZOUME
