Nigeria : La justice menace de radier cinq partis

 Nigeria : La justice menace de radier cinq partis

La Haute Cour fédérale d’Abuja a ordonné la radiation de cinq partis politiques nigérians, dont le Congrès démocratique africain (ADC). Une décision qui, si elle est confirmée, pourrait redessiner la carte politique à moins d’un an des élections générales de 2027 et attiser les tensions entre le pouvoir en place et une opposition déjà fragilisée.

Une décision judiciaire aux lourdes conséquences électorales

Saisie par le Forum national des anciens législateurs, la Haute Cour fédérale d’Abuja a rendu son verdict lundi. Elle enjoint à la Commission électorale nationale indépendante (INEC) de procéder à la radiation de cinq formations politiques, parmi lesquelles figure le Congrès démocratique africain (ADC), aujourd’hui l’une des principales forces de l’opposition nigériane. Le jugement s’appuie sur des critères électoraux stricts : les partis concernés n’auraient remporté aucun siège significatif lors des précédents scrutins et n’auraient pas atteint les seuils de performance minimaux exigés par la Constitution pour conserver leur enregistrement. Les plaignants estiment que ces formations ne remplissent plus les conditions légales nécessaires à leur maintien sur le registre électoral, et réclament leur exclusion des prochaines consultations.

Si cette décision est appliquée, plusieurs partis pourraient être privés de participation aux élections générales de 2027, mais aussi aux élections partielles de gouverneurs prévues entre-temps. L’INEC, quant à elle, n’a pas encore précisé les modalités pratiques de mise en œuvre du jugement, tandis que des recours judiciaires sont d’ores et déjà attendus dans les prochaines semaines.

L’opposition dénonce une tentative d’étouffement du pluralisme

Cette décision judiciaire ne concerne pas que des structures anonymes. Elle vise indirectement plusieurs figures majeures de la scène politique nationale. Parmi elles, Atiku Abubakar, ancien vice-président du Nigeria et candidat malheureux à la présidentielle de 2023 (29 % des voix), qui a récemment été investi candidat de l’ADC pour la prochaine échéance. Le gouverneur de l’État d’Osun, Ademola Adeleke, qui envisageait de briguer un second mandat sous la bannière du parti Accord, est également directement concerné. En réaction, les partis visés rejettent fermement le verdict. L’ADC et Accord Party dénoncent une manœuvre orchestrée par le parti au pouvoir, le Congrès des progressistes (APC), afin d’affaiblir l’opposition à quelques mois du scrutin. Ils évoquent une menace contre le pluralisme politique et un risque de concentration excessive des pouvoirs, dans un pays où la compétition démocratique reste fragile.

Le Nigeria, pays le plus peuplé d’Afrique, est attendu aux urnes le 16 janvier 2027 pour des élections générales qui s’annoncent déjà cruciales. Le président sortant, Bola Tinubu, devrait officiellement solliciter un second mandat, tandis que l’opposition, désormais sous pression judiciaire, tente de maintenir sa capacité à peser dans le débat national.

Aristide HAZOUME

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