Le Sénat zimbabwéen valide la prolongation du mandat
Le Sénat zimbabwéen a franchi une étape décisive, mercredi 24 juin, en votant une révision constitutionnelle d’ampleur. Le texte reporte la prochaine élection présidentielle à 2030, prolongeant de deux ans le mandat d’Emmerson Mnangagwa, et bouleverse le mode de scrutin en supprimant le suffrage universel direct pour la désignation du chef de l’État.
Une réforme adoptée sans surprise par la majorité au pouvoir
La réforme a été largement approuvée par la chambre haute du Parlement, recueillant 75 voix favorables contre seulement 4 oppositions, selon la présidente du Sénat, Mabel Chinamona. Déjà adopté le 18 juin à l’Assemblée nationale à une majorité qualifiée, le projet de loi n’attend plus que la promulgation du président Emmerson Mnangagwa pour entrer en vigueur. Âgé de 83 ans, ce dernier, qui a succédé à Robert Mugabe en 2017, se voit ainsi offrir un nouveau bail politique de sept ans, alors que les élections générales étaient initialement programmées en 2028.
Au-delà du simple report des échéances électorales, le texte opère une refonte majeure des institutions. La durée du mandat présidentiel passera de cinq à sept ans, tout comme celle des députés et sénateurs. La mesure la plus emblématique reste toutefois l’abolition de l’élection du président au suffrage universel direct : à l’avenir, le chef de l’État sera désigné par les seuls parlementaires, lors d’un vote interne.
L’opposition crie au « coup d’État constitutionnel »
Le parti au pouvoir, le ZANU-PF, justifie cette réforme en arguant de la nécessité de renforcer la stabilité politique et d’assurer la continuité de l’action gouvernementale. Cependant, cette vision est loin de faire l’unanimité. L’opposition et plusieurs organisations de la société civile dénoncent avec virulence un « coup d’État constitutionnel ». Elles estiment que des changements aussi fondamentaux, qui altèrent la souveraineté populaire, auraient dû être soumis à un référendum national. Plusieurs responsables de l’opposition affirment par ailleurs avoir subi des pressions et des intimidations tout au long du processus législatif, ce qui jette une ombre sur la légitimité du vote. Ce scrutin marque un tournant pour la démocratie zimbabwéenne, cristallisant les tensions entre un pouvoir exécutif conforté et une opposition marginalisée, alors que le pays fait face à de profonds défis économiques et sociaux.
Aristide HAZOUME
