Kenya : Le centre Ebola américain suspendu
Après une injonction de la Haute Cour et une vague de contestations populaires, le ministre de la Santé annonce l’arrêt immédiat du projet de centre de quarantaine destiné aux ressortissants américains.
Le gouvernement kenyan a ordonné la suspension immédiate d’un projet controversé de centre de quarantaine dédié aux citoyens américains, situé sur la base aérienne de Laikipia, dans le centre du pays. Cette décision, annoncée mardi devant la Haute Cour de Milimani, intervient sous la double pression d’une injonction judiciaire et d’un mouvement de contestation mené par la société civile.
Le ministre de la Santé contraint de s’expliquer devant la justice
Le ministre kenyan de la Santé, Aden Duale, a comparu mardi devant la Haute Cour de Milimani, après avoir été reconnu coupable d’outrage à la cour pour non-respect d’une précédente décision suspendant les travaux. À la barre, il a assuré avoir donné l’ordre d’arrêter toute activité liée au projet qu’il s’agisse des constructions, des préparatifs logistiques ou des opérations connexes. Il a également affirmé que le partenariat sanitaire avec les États-Unis, dans le cadre de ce projet, était déjà suspendu. Tout en rappelant que le centre se trouve sur une installation militaire isolée, il a jugé « sans fondement » les inquiétudes soulevées par certaines organisations, estimant que les autorités avaient pleinement respecté les exigences judiciaires.
Une contestation qui monte et interroge la souveraineté nationale
Le projet, dont la construction est désormais achevée selon des sources diplomatiques, devait accueillir des ressortissants américains en cas d’évacuation sanitaire liée au virus Ebola. Bien qu’aucun cas suspect n’y ait été signalé, son implantation sur le sol kenyan a suscité une vive émotion. À l’origine de la procédure judiciaire, le Katiba Institute dénonce l’absence de consultation publique et soulève des questions fondamentales sur la souveraineté du Kenya. Pour cette organisation, l’opacité entourant le projet et ses implications sanitaires et diplomatiques justifie pleinement le recours en justice.
Dans la ville de Nanyuki, proche de la base de Laikipia, la colère est aussi descendue dans la rue. Plusieurs manifestations ont été organisées ces dernières semaines, dispersées par les forces de l’ordre. Selon des sources locales, ces affrontements ont fait trois morts, un bilan qui alimente encore la tension. Si le gouvernement a officiellement suspendu le projet, l’affaire est loin d’être close. La Haute Cour de Milimani doit encore se prononcer sur le fond du dossier, et donc sur le sort définitif de cette infrastructure. En attendant, le site reste inoccupé, symbole d’une controverse qui mêle santé publique, diplomatie et souveraineté nationale.
Aristide HAZOUME
