Esclavage : Accra veut unir l’Afrique et sa diaspora
Réunis à Accra du 17 au 19 juin 2026, dirigeants africains, caribéens et représentants de la diaspora s’attellent à transformer une avancée diplomatique historique en actions concrètes. L’objectif : jeter les bases d’une position commune sur les réparations liées à l’esclavage transatlantique et au colonialisme, après l’adoption d’une résolution sans précédent de l’ONU en mars 2026.
Accra au cœur du plaidoyer pour la justice réparatrice
Le Ghana accueille la première grande conférence internationale dédiée aux réparations depuis l’adoption, le 25 mars 2026, de la résolution A/RES/80/250 des Nations unies. Ce texte, soutenu par 123 États membres, qualifie la traite transatlantique des esclaves de crime le plus grave jamais commis contre l’humanité. Organisée sous l’égide du président ghanéen John Dramani Mahama, également champion de l’Union africaine pour les réparations, cette rencontre ambitionne de définir un cadre d’action international cohérent et contraignant.
Dès l’entrée du sommet, les participants franchissent les symboliques « Doors of Return ». Ces portes, érigées en miroir des historiques « Doors of No Return » qui marquaient les départs forcés vers l’inconnu, incarnent désormais le retour vers l’Afrique des descendants des victimes de l’esclavage. Parmi les personnalités présentes figurent le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, le président libérien Joseph Boakai, la présidente namibienne Netumbo Nandi-Ndaitwah, ainsi que la Première ministre barbadienne Mia Mottley, figure de proue du combat pour la justice climatique et réparatrice.
Des mécanismes concrets pour une justice historique
Au-delà du symbole, les dirigeants entendent désormais traduire l’élan diplomatique en actions tangibles. Plusieurs propositions structurantes ont été soumises pour bâtir une justice réparatrice durable. Mia Mottley a défendu le plan en dix points de la Caricom, qui prévoit des investissements massifs dans le développement, le transfert de technologies, l’accès à l’éducation et un allègement significatif de la dette des États caribéens.
Bassirou Diomaye Faye a insisté sur la nécessité de restaurer la dignité des peuples africains, condition essentielle à toute réconciliation durable. John Mahama, pour sa part, a réaffirmé le rôle central de la diaspora dans ce processus de mémoire et de justice, appelant à une mobilisation collective sans précédent. Le président ghanéen a également annoncé la création de trois panels internationaux, respectivement dédiés à la justice réparatrice, à la restitution des biens culturels spoliés, et aux recours juridiques disponibles pour les victimes et leurs descendants. À l’issue des trois jours de travaux, les participants doivent adopter une déclaration finale. Celle-ci aura pour ambition de transformer l’élan diplomatique actuel en un programme d’action pérenne, capable de porter la justice historique et la réparation au rang de priorités internationales.
Aristide HAZOUME
