Diplomatie : Cuba lève le voile sur des pourparlers « délicats » avec Washington
La Havane met fin au suspense diplomatique. Le président cubain Miguel Díaz-Canel a officiellement reconnu, vendredi, l’existence de discussions en cours entre son gouvernement et les États-Unis, mettant ainsi fin à des semaines de démentis face aux affirmations répétées de l’administration Trump.
« Des responsables cubains ont mené récemment des discussions avec des représentants du gouvernement des États-Unis », a déclaré le chef d’État lors d’une allocution solennelle retransmise sur la télévision nationale. Devant les plus hautes instances du Parti communiste cubain (PCC) et du Conseil des ministres, M. Díaz-Canel a précisé que ces échanges visent à « chercher des solutions, par la voie du dialogue, aux différends bilatéraux qui existent entre nos deux nations ».
Le Vatican en médiateur, La Havane libère 53 prisonniers
Cette annonce, aussi soudaine que stratégique, intervient dans un contexte soigneusement préparé. La veille, jeudi soir, le régime cubain avait surpris en annonçant la libération prochaine de 53 prisonniers. Un geste humanitaire orchestré sous l’égide du Vatican, médiateur historique entre les deux pays, et perçu par les observateurs comme un préalable indispensable à toute reprise de dialogue crédible. Jusqu’à présent, La Havane opposait une fin de non-recevoir aux déclarations de Donald Trump, qui affirmait depuis plusieurs semaines que des négociations étaient en cours avec de hauts responsables cubains. En reconnaissant aujourd’hui ces contacts, Miguel Díaz-Canel tente de reprendre la main sur la narration, insistant sur le fait que ces pourparlers se déroulent « sans pression » ni « ingérence », mais sur la base d’une « égalité et d’un respect mutuel des systèmes politiques ».
Des objectifs encore flous, un processus « hautement sensible »
Selon le président cubain, également premier secrétaire du PCC, ces discussions exploratoires ont d’abord pour but d’établir un diagnostic partagé. « Il s’agit d’identifier les principaux problèmes bilatéraux nécessitant une solution, en tenant compte de leur gravité et de leurs conséquences pour les deux pays », a-t-il expliqué. L’objectif, à terme, serait de « déterminer la volonté des deux parties de concrétiser des actions au bénéfice des peuples », voire d’identifier des « domaines de coopération » face à des menaces communes.
Miguel Díaz-Canel a toutefois pris soin de tempérer tout optimisme excessif. « C’est un processus très délicat qui exige des efforts considérables et soutenus pour trouver des solutions et créer des espaces de compréhension nous permettant de nous éloigner de la confrontation », a-t-il souligné, qualifiant ces négociations naissantes d' »hautement sensibles ». Si le chef d’État cubain a évoqué le rôle de « certains facteurs internationaux » ayant facilité ces échanges, sans davantage de précisions, une question demeure : ces discussions, encore embryonnaires, pourront-elles survivre à la volatilité des relations américano-cubaines et à l’approche d’une nouvelle échéance électorale aux États-Unis ?
Aristide HAZOUME
