Soudan du Sud : L’accord de paix fragilisé par des réformes unilatérales
Plusieurs puissances occidentales mettent en garde contre toute modification unilatérale de l’accord de paix sud-soudanais. Alors que les tensions politiques s’exacerbent entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar toujours assigné à résidence à Djouba la communauté internationale craint un retour à la guerre civile.
Les partenaires occidentaux alertent contre des amendements jugés dangereux
Dix-neuf représentations diplomatiques occidentales, dont celles de l’Union européenne, des États-Unis et du Royaume-Uni, ont exprimé leur vive inquiétude mercredi dans un communiqué commun. Elles dénoncent toute modification unilatérale de l’accord de paix signé en 2018, qui avait mis fin à plusieurs années de guerre civile au Soudan du Sud. Les diplomates réclament une reprise immédiate du dialogue entre toutes les parties signataires. Selon eux, les réformes proposées menacent l’équilibre politique fragile issu de l’accord conclu entre Salva Kiir et Riek Machar, qui prévoyait un partage du pouvoir et une transition politique progressive. Les élections, initialement prévues plus tôt, ont été reportées à décembre 2026.
Des tensions politiques et sécuritaires persistantes
Le parti présidentiel souhaite modifier plusieurs dispositions essentielles de l’accord, et les amendements ont récemment été présentés à l’Assemblée nationale. Le camp de Salva Kiir veut organiser les élections sans avoir achevé certaines réformes majeures, comme l’adoption d’une Constitution permanente ou la finalisation du recensement national. Les propositions visent également à supprimer la suprématie juridique de l’accord de paix, une disposition qui suscite une vive contestation politique et diplomatique. L’opposition, soutenue par plusieurs observateurs régionaux, considère ces réformes comme une remise en cause directe du processus de paix.
Le 15 mai, Salva Kiir a limogé 47 députés proches de Riek Machar. Ces élus avaient quitté leurs sièges pour protester contre les amendements. Par ailleurs, la commission chargée du suivi de l’accord appelle au respect intégral du texte signé et insiste sur la préservation de sa légalité. Les combats persistent dans plusieurs régions du pays, et l’ONU redoute une nouvelle détérioration de la situation sécuritaire. L’enlisement politique, couplé aux violences locales, fragilise davantage une paix déjà vacillante.
Aristide HAZOUME
