Maroc : Le journaliste Ali Lmrabet interpellé
Le journaliste franco-marocain Ali Lmrabet a été arrêté dimanche 12 juillet à son arrivée à l’aéroport de Tanger, en provenance d’Espagne. Poursuivi pour « diffusion présumée de fausses informations » et « atteinte aux institutions ». Mais, il a été transféré à Casablanca pour être entendu par la Brigade nationale de la police judiciaire. Son interpellation suscite déjà de vives réactions parmi les organisations de défense de la liberté de la presse.
Une interpellation à l’aéroport de Tanger, suivie d’un transfert à Casablanca
Ali Lmrabet, âgé de 66 ans, a été retenu dimanche dès sa descente d’avion à Tanger. Selon son épouse, Laura Feliu, le journaliste a rapidement pu l’informer qu’il faisait l’objet d’une procédure pour « diffusion de fausses informations », ainsi que d’une accusation d’atteinte aux institutions marocaines. Plusieurs avis de recherche auraient d’ailleurs été émis contre lui. Dans la foulée de son interpellation, il a été conduit à Casablanca pour y être auditionné par la Brigade nationale de la police judiciaire. Sa présentation devant le procureur était annoncée pour le lundi 13 juillet, même si, à ce stade, le parquet marocain n’avait encore communiqué aucun détail officiel sur l’affaire.
L’organisation Reporters sans frontières (RSF) a confirmé l’arrestation et précisé que le journaliste est visé par une enquête liée à des publications soupçonnées de porter atteinte aux institutions constitutionnelles. Installé à Barcelone ces dernières années, Ali Lmrabet reste une figure emblématique de la presse indépendante au Maroc. Ce retour au pays, le premier depuis longtemps, tourne court dans un contexte judiciaire et politique particulièrement tendu.
Un parcours marqué par de multiples affrontements avec la justice marocaine
Connu pour ses positions critiques à l’égard du pouvoir, Ali Lmrabet a dirigé plusieurs titres indépendants, parmi lesquels Demain Magazine et Doumane. Ces deux publications ont été interdites en 2003, à la suite d’une condamnation pour « outrage au roi » qui lui a valu trois ans de prison. Il sera finalement libéré en 2004, bénéficiant d’une grâce royale. Entre 2005 et 2015, une autre sanction lui interdit d’exercer le métier de journaliste au Maroc, cette fois pour une condamnation pour diffamation. L’affaire était liée à des déclarations concernant les Sahraouis des camps de Tindouf, un dossier brûlant qui touche au contentieux du Sahara occidental, sujet ultrasensible dans le royaume.
Selon ses proches, Ali Lmrabet ne s’était plus rendu au Maroc depuis plusieurs années. Son arrestation survient dans un climat marqué par une surveillance accrue des médias et des débats récurrents sur les limites de la liberté d’expression dans le pays. À l’heure actuelle, les autorités marocaines n’ont pas encore détaillé publiquement les faits exacts reprochés au journaliste. La suite de la procédure judiciaire devrait préciser les charges retenues et, peut-être, éclairer les motifs de cette interpellation qui interroge, une nouvelle fois, l’état des droits des journalistes au Maroc.
Aristide HAZOUME
