Sénégal : 250 000 tonnes de riz invendues
Près de 250 000 tonnes de riz sénégalais dorment dans les entrepôts. Face à une concurrence asiatique jugée déloyale et à un marché saturé, les producteurs réclament des mesures urgentes pour protéger la production nationale et préserver la souveraineté alimentaire du pays.
Des stocks record qui étranglent la filière
La filière rizicole sénégalaise traverse une crise de commercialisation inédite. Des milliers de tonnes de riz local s’entassent faute de débouchés, notamment dans la vallée du fleuve Sénégal, épicentre de la production. Les producteurs de Dagana signalent des stocks immobilisés atteignant plusieurs dizaines de milliers de tonnes, tandis que les récentes récoltes issues de près de 49 000 hectares viennent alourdir une offre déjà excédentaire. Pour Marie Rassoul, secrétaire générale de l’Association nationale des riziers, l’absence de débouchés menace toute la chaîne. Sans ventes, les agriculteurs ne peuvent rembourser leurs crédits ni financer les prochaines campagnes. « C’est une crise sans précédent », alerte-t-elle.
Importations asiatiques et promesses non tenues
Les professionnels dénoncent les importations massives de riz asiatique, vendu à bas prix, qui concurrence directement la production locale. Ils rappellent que l’État s’était engagé à limiter ces importations et à subventionner les acheteurs de riz national pour compenser son surcoût. Mais ces mécanismes, déplorent-ils, restent lettre morte. Face à ce qu’ils perçoivent comme des promesses non tenues, les organisations rizicoles ont boycotté une réunion au ministère du Commerce. Elles exigent des garanties concrètes : quotas contraignants et obligation d’achat de riz local.
Souveraineté alimentaire : l’heure des choix
Le secteur attend désormais des mesures fortes pour écouler les stocks et protéger durablement le marché. Cette crise relance le débat sur l’autosuffisance alimentaire du Sénégal, qui importe encore près des deux tiers de son riz consommé. Elle illustre les difficultés d’une production locale fragilisée par une concurrence internationale dérégulée et un soutien public insuffisant. Les producteurs, eux, réclament des actes, non plus des discours, pour sauver une filière stratégique et garantir l’avenir de l’agriculture nationale.
Aristide HAZOUME
