Assemblée de l’OEA à Panama sous pression américaine
L’Organisation des États américains (OEA) ouvre ce lundi 22 juin 2026 sa 56ᵉ Assemblée générale à Panama. Pendant trois jours, les 34 États membres actifs plancheront sur les crises qui fragmentent le continent : insécurité transnationale, migrations massives, effondrement haïtien, impasse vénézuélienne et embargo cubain. Mais c’est bien la posture des États-Unis, sous l’influence grandissante de Donald Trump, qui concentre l’attention des observateurs et ravive les vieilles fractures hémisphériques.
Sécurité et migrations : un agenda sous le signe de l’urgence
Les travaux, qui se tiennent jusqu’au 24 juin à Panama City, coïncident avec le bicentenaire du Congrès amphictyonique convoqué par Simón Bolívar en 1826. Un clin d’œil historique que l’OEA a choisi de placer sous le thème du « renforcement du multilatéralisme, de la démocratie et de la sécurité hémisphérique ». Sur la table, des dossiers brûlants : la lutte contre le crime organisé, dont les ramifications déstabilisent des États entiers, et la gestion d’un flux migratoire sans précédent à travers le Darién. Les délégations croisent leurs approches pour tenter de coordonner des réponses opérationnelles. Les crises haïtienne, vénézuélienne et cubaine occupent une place centrale. Au-delà des déclarations de principe, les participants s’efforcent de définir des mécanismes concrets d’assistance humanitaire et de soutien à la gouvernance démocratique, sans pour autant s’accorder sur les causes profondes de ces effondrements.
La main de Washington dans les débats panaméens
La position américaine est scrutée comme rarement. Plus qu’une simple influence, plusieurs diplomates latino-américains évoquent désormais une pression assumée de l’administration Trump pour recentrer l’agenda de l’OEA sur ses seuls intérêts stratégiques. Le pays hôte, Panama, en est l’épicentre symbolique. Le canal interocéanique, vitrine de la souveraineté nationale, est devenu un prisme des tensions sino-américaines. La montée des investissements chinois dans la région, couplée aux menaces réitérées de Washington sur le contrôle de la voie d’eau, alimente des débats diplomatiques qui dépassent de loin le cadre régional. Face à cette poussée unilatérale, les États membres tentent de préserver les acquis du multilatéralisme. L’enjeu est de taille : maintenir un espace de dialogue équilibré sans se laisser dicter sa feuille de route par le voisin du Nord.
À l’issue de ces trois jours, les résolutions adoptées ou les blocages constatés dessineront les lignes de force de la coopération continentale pour les mois à venir. Plus qu’une simple assemblée, ce sommet panaméen s’annonce comme un test grandeur nature de la résilience diplomatique de l’Amérique latine face à la realpolitik étasunienne.
Aristide HAZOUME
