Cameroun : la réforme foncière confie aux chefs de village la délivrance de titres provisoires
Au Cameroun, une nouvelle étape de la réforme foncière franchira un cap décisif à compter du 1er avril 2026. Une circulaire signée par le ministre des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières, Henri Eyebe Ayissi, habilite désormais les chefs traditionnels de troisième degré autrement dit les chefs de village à délivrer des titres fonciers provisoires.
Pour le gouvernement, cette mesure constitue une « prérogative forte » confiée aux autorités coutumières, afin de mieux protéger les terres communautaires contre les accaparements abusifs et les spéculations foncières qui sévissent dans plusieurs régions. Dans de nombreuses localités, cette décision a suscité l’adhésion des chefs traditionnels. C’est notamment le cas de Benjamin Yakana, chef de troisième degré du village Ombessa, dans la région du Centre. Selon lui, cette réforme replace la chefferie traditionnelle au cœur de la gouvernance foncière et devrait contribuer à apaiser les tensions sociales liées aux litiges. Il estime que l’implication directe des chefs de village est de nature à renforcer la transparence et à favoriser l’émergence de consensus au sein des communautés.

Toutefois, de nombreuses zones d’ombre subsistent, au premier rang desquelles la question des indemnités liées à l’exercice de cette nouvelle prérogative. Le ministre a annoncé l’élaboration prochaine d’un protocole destiné à clarifier les coûts afférents aux opérations d’immatriculation foncière. Benjamin Yakana relève, pour sa part, l’absence de précisions concernant l’accompagnement lors des descentes administratives notamment celles des sous-préfets et des délégations techniques ainsi que les compensations envisagées pour les chefs impliqués dans ces procédures.
Par ailleurs, des voix s’élèvent dans la société civile pour nuancer la portée de la réforme. Le juriste George Ameke émet ainsi des réserves quant à la capacité des seuls titres provisoires à garantir une sécurisation pérenne du foncier. Il préconise une décentralisation plus ambitieuse, qui associerait étroitement les autorités municipales et les magistrats locaux à la gestion des questions foncières, plutôt que de concentrer cette prérogative entre les mains des seuls représentants de l’exécutif préfets, sous-préfets ou chefs traditionnels.
En attendant l’entrée en vigueur de la mesure, le ministère entend enrayer le phénomène des accaparements de terres, de la spéculation et de l’appropriation extensive des sols, des pratiques encore largement répandues sur l’ensemble du territoire.
Aristide HAZOUME
