CAN 2025 : Me Patrick Rode décrypte « la victoire juridique du Maroc «
La polémique enfle depuis que la CAF a offert le titre au Maroc sur tapis vert. Mais pour Me Patrick Rode, avocat spécialisé dans le contentieux sportif, il n’y a pas débat. Il revient sur les textes qui ont conduit à sacrer les Lions de l’Atlas, et explique pourquoi le Sénégal part avec un handicap quasi insurmontable devant le TAS.
Les sénégalais sont rentrés aux vestiaires pour protester. Ils en sont ressortis sans leur trophée. L’image restera comme l’un des plus grands drames sportifs de l’histoire de la CAN. Pourtant, sur le plan juridique, le scénario était écrit d’avance. Me Patrick Rode connaît bien ces situations. Cet avocat spécialisé dans les litiges sportifs a suivi de près le dossier. Son regard est professionnel, presque clinique. « Ce qui frappe d’abord, c’est la clarté du texte. Le règlement de la CAF ne laisse aucune place à l’interprétation », observe-t-il.
Premièrement, l’abandon de terrain. « Dès lors qu’une équipe quitte la pelouse sans y être autorisée par l’arbitre, elle commet une faute caractérisée. C’est écrit dans le code disciplinaire de la FIFA, que la CAF a intégralement repris », détaille l’avocat.
Deuxièmement, la sanction. « Le forfait 3-0 n’est pas une peine que les juges choisissent selon leur humeur. C’est une conséquence qui découle automatiquement de l’infraction. Les articles 82 et 84 du règlement de la CAN sont très explicites sur ce point », ajoute-t-il.
Le Sénégal espère encore inverser la tendance devant le TAS. Me Rode analyse froidement les chances des Lions de la Teranga. « Ils peuvent plaider la disproportion. Dire que le match a repris, que la sanction est trop lourde par rapport à la faute. C’est l’unique porte d’entrée. »
Mais l’avocat tempère rapidement cet espoir. « Le TAS regarde d’abord si la procédure a été respectée, si la décision n’est pas arbitraire. Ici, tout a été fait dans les règles. Les juges arbitraux n’aiment pas casser ce type de décisions, sauf erreur manifeste. » Reste le contexte. L’émotion. La confusion autour du VAR. Des éléments qui pèsent dans l’opinion, mais pas devant les juges. « Le droit ne connaît pas l’émotion. Il applique des textes. C’est tout. Et les textes donnent raison au Maroc », tranche Me Rode.
Pendant ce temps à Rabat, on prépare les festivités. Le trophée est là. Les supporters sont dans la rue. Et rien, pas même un recours devant la plus haute instance du sport mondial, ne semble pouvoir le leur enlever. Car dans cette affaire, une vérité s’impose : le Sénégal a perdu sur le terrain, puis dans les livres de droit. Le Maroc, lui, n’a fait qu’attendre. Et attendre, parfois, c’est gagner.
Aristide HAZOUME
