Cuba : Les déchets s’accumulent dans les rues faute de carburant

 Cuba : Les déchets s’accumulent dans les rues faute de carburant

À La Havane, les pénuries de carburant paralysent la collecte des ordures, provoquant une accumulation massive de déchets dans l’espace public. À l’approche de l’été et de la saison des pluies, cette crise logistique soulève de graves inquiétudes sanitaires pour les près de deux millions d’habitants de la capitale cubaine.

La collecte des déchets à l’arrêt faute de gasoil

Les rues de La Havane, du centre historique aux quartiers périphériques, sont envahies par des monticules de détritus qui se multiplient jour après jour. La raison principale, selon les autorités municipales : le manque criant de carburant, qui empêche la majorité des camions-bennes de fonctionner. De nombreux secteurs restent plusieurs semaines sans aucun passage, alors qu’un ramassage normal nécessiterait une rotation quotidienne. Avec près de 2,5 millions d’habitants dans l’agglomération havanaise, les volumes de déchets produits chaque jour dépassent largement les capacités résiduelles de la flotte publique. « Nous n’avons plus de gasoil pour faire tourner les véhicules. Résultat, les ordures s’entassent et personne ne sait quand la situation va s’améliorer », témoigne un agent de voirie sous couvert d’anonymat. Cette crise s’inscrit dans un contexte plus large de raréfaction des carburants à Cuba, aggravée par les difficultés d’approvisionnement et les sanctions américaines.

Risques sanitaires et mobilisation citoyenne

L’approche de la saison estivale rend la situation particulièrement alarmante. Les températures dépassent déjà 30 °C et les pluies imminentes favorisent la prolifération des moustiques, des rats et des bactéries. Les services de santé publique craignent une recrudescence de maladies telles que la dengue, la leptospirose ou les infections gastro-intestinales. Face à l’inaction des pouvoirs publics, plusieurs initiatives citoyennes se sont renforcées. Le projet communautaire « El Batazo » organise des collectes de recyclables et des nettoyages de quartier, avec l’aide de bénévoles. « Nous faisons ce que l’État ne peut plus faire, mais notre capacité reste très limitée », explique un coordinateur. D’autres associations appellent à une meilleure gestion des déchets et à des campagnes de sensibilisation.

Les autorités cubaines, déjà accaparées par des coupures d’électricité récurrentes et des pénuries d’eau potable, peinent à apporter une réponse structurelle. En attendant, les habitants de La Havane vivent au milieu des ordures, dans une insalubrité grandissante qui rappelle la fragilité du système de distribution de l’île.

Aristide HAZOUME 

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