Centrafrique : Touadéra investi pour un troisième mandat contesté

 Centrafrique : Touadéra investi pour un troisième mandat contesté

Faustin-Archange Touadéra a prêté serment ce lundi 30 mars 2026 à Bangui, officialisant l’ouverture d’un troisième mandat de sept ans à la tête de la Centrafrique. La cérémonie, organisée au complexe sportif Barthélémy-Boganda devant plusieurs milliers de partisans et une vingtaine de chefs d’État et de gouvernement invités, marque également l’entrée en application de la VIIe République, instaurée par la Constitution adoptée en 2023.

Réélu dès le premier tour de l’élection présidentielle du 28 décembre 2025, le chef de l’État a vu sa victoire homologuée par le Conseil constitutionnel avec 76,15 % des voix  un score légèrement révisé à la baisse par rapport aux résultats provisoires. Son principal adversaire, Anicet-Georges Dologuélé, crédité de 14,66 % des suffrages, continue de dénoncer des « irrégularités majeures » et une « manipulation méthodique » du processus électoral. Ses recours ont été rejetés par les juridictions compétentes.

Une investiture sous le signe de la rupture institutionnelle

Au-delà de l’investiture du président, cette journée revêt une portée institutionnelle décisive. La nouvelle Constitution, approuvée par référendum en 2023, a supprimé la limitation du nombre de mandats présidentiels et porté la durée du mandat de cinq à sept ans. Les autorités présentent cette transition vers la VIIe République comme une « refondation de l’État ».

Pour l’occasion, Bangui a fait l’objet de travaux d’embellissement d’envergure : réfection de plusieurs axes routiers, réhabilitation de feux tricolores  une première depuis quinze ans  et rénovation des infrastructures d’accueil. La présence du président burundais Évariste Ndayishimiye, en exercice à la tête de l’Union africaine, ainsi que de plusieurs dirigeants de la sous-région, a conféré à l’événement une dimension diplomatique notable.

Des opposants dénoncent un « culte de la personnalité »

Si le pouvoir met en avant une « communion nationale », les critiques de l’opposition se sont durcies à l’approche de la cérémonie. Crépin Mboli-Goumba, figure de l’opposition, a dénoncé une dérive autoritaire qu’il juge inédite depuis l’ère Bokassa, en pointant notamment l’érection d’une statue du président sur un rond-point stratégique de la capitale. « Jamais depuis l’empire Bokassa on n’était allé aussi loin dans le culte de la personnalité », a-t-il déclaré. D’autres voix, au sein de la société civile, s’inquiètent d’un resserrement de l’espace politique à l’aube de ce nouveau mandat.

Les défis pressants d’un septennat

Ce nouveau mandat s’ouvre sous haute tension. Dès les prochaines semaines, le président devra :

· nommer un vice-président, fonction créée par la Constitution de 2023, dont les contours et les prérogatives restent à préciser ;
· procéder à la formation du nouveau gouvernement, à l’issue des élections législatives dont le second tour est prévu fin avril ;
· poursuivre l’effort sécuritaire, alors que l’État peine encore à contrôler durablement certaines zones de l’est et du nord-ouest, malgré le retrait progressif de la MINUSCA et la réduction de la présence des ONG internationales ;
· relancer une économie exsangue, où plus de 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, dans un contexte de souveraineté affichée mais de dépendance persistante aux partenaires extérieurs.

Dans son discours d’investiture, le président Touadéra a esquissé les priorités de ce septennat : consolidation de la paix, création d’emplois pour les jeunes, autosuffisance alimentaire et meilleure redistribution des revenus tirés des ressources naturelles (or, diamant, bois).

Aristide HAZOUME

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