Guerre en Ukraine : la Russie intensifie le contrôle numérique en coupant l’Internet mobile
Plus d’un an après l’entrée en vigueur d’un décret autorisant les autorités à désactiver les réseaux mobiles, les coupures d’Internet se sont multipliées dans les grandes villes russes. Invoquant la sophistication croissante des attaques ukrainiennes, Moscou justifie ces mesures par des impératifs de sécurité, tout en poursuivant son objectif de « souveraineté numérique ». Une stratégie qui isole un peu plus la population et renforce le contrôle de l’information.
Alors que le conflit avec l’Ukraine entre dans sa quatrième année, la Russie a érigé la maîtrise des télécommunications en outil stratégique majeur. Depuis plusieurs semaines, les interruptions du réseau mobile se sont multipliées à Moscou, Saint-Pétersbourg et dans d’autres métropoles, provoquant des difficultés quotidiennes pour des millions d’habitants. Officiellement, ces restrictions visent à « assurer la sécurité des citoyens » face à des méthodes d’attaque de plus en plus élaborées attribuées à Kiev.
La menace ukrainienne comme justification
Mercredi 11 mars, le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a réaffirmé que « le régime de Kiev utilise des techniques toujours plus sophistiquées, ce qui exige des ripostes technologiques adaptées ». Si Moscou ne détaille pas publiquement la nature exacte de ces menaces, les experts évoquent l’utilisation de réseaux civils pour le guidage de drones, la coordination d’opérations de sabotage ou encore la diffusion de vidéos en temps réel susceptibles de nuire à la sécurité nationale. En couvrant certaines zones, les autorités cherchent à priver d’éventuels agents ou groupes de reconnaissance d’un outil de communication fiable. Ces coupures ne doivent rien à l’improvisation.
Elles s’appuient sur un décret gouvernemental publié en novembre 2024, qui confère au régulateur des télécommunications (Roskomnadzor) et aux services de sécurité intérieure (FSB) le pouvoir de désactiver le réseau mobile sur des portions du territoire. Depuis, le dispositif a été régulièrement activé, souvent sans préavis, suscitant l’incompréhension et la colère des usagers. « On ne peut plus compter sur son téléphone pour se repérer, payer ou prévenir ses proches », témoigne un Moscovite joint par une messagerie alternative.

La stratégie plus large de la « souveraineté numérique »
Ces interruptions s’inscrivent dans un vaste plan de contrôle d’Internet amorcé bien avant le conflit, mais accéléré depuis 2022. Blocage des réseaux sociaux étrangers, restriction des messageries, promotion des alternatives nationales (VK, Yandex, RuStore) : le gouvernement pousse à l’autonomie numérique, synonyme de surveillance renforcée. L’objectif affiché est de protéger les infrastructures critiques contre les cyberattaques, mais aussi de verrouiller l’espace informationnel pour éviter toute fuite d’images ou de récits alternatifs sur la guerre.
Conséquences pour la population
Au-delà de la gêne quotidienne, ces coupures contribuent à un sentiment d’enfermement. L’accès à l’information devient aléatoire, les services de navigation et de banque en ligne sont perturbés. Pou+ les autorités, c’est aussi un moyen de tester la résilience du réseau national et d’habituer les citoyens à un fonctionnement où l’État décide souverainement de la circulation des données. Alors que le conflit s’enlise, la Russie semble déterminée à maîtriser tous les vecteurs de communication, quitte à sacrifier une partie des libertés numériques. Une évolution qui interroge sur la place de l’information dans une guerre hybride où le champ de bataille s’étend désormais aux smartphones et aux antennes relais.
Aristide HAZOUME
